Rouge ou mort

par Charles Amson

Il faut lire l’ouvrage magistral de David Peace (écrivain anglais, notamment auteur de « Tokyo année zéro ») consacré à la vie et à la carrière de Bill Shankly, qui fut, notamment, l’entraîneur de Liverpool entre 1959 et 1974.

Ce roman de près de 1.000 pages (Rouge ou mort, aux éditions Rivages, 2014) retrace, avec un style très personnel et particulier, le travail patient et obstiné de Shankly pour bâtir une équipe qu’il reprit en deuxième division pour en faire, pendant des années, la meilleure équipe anglaise de son époque.

Peace fait prendre conscience au lecteur, en répétant parfois même jusqu’à « lasser », des phrases illustrant la répétition du travail de l’entraîneur, afin de démontrer que les succès de celui-ci ne sont pas dus au hasard ou à la chance mais bien à un labeur méticuleux et inlassablement répété.

Le lecteur, un peu désorienté au départ par l’extrême précision du récit, ne peut que s’attacher progressivement à la personnalité de cet homme, dont la vie entière est tournée vers la réalisation des objectifs fixés.

Le livre prend une dimension toute particulière dans son dernier tiers, lequel raconte la « vie d’après » de Shankly, qui – enfin parvenu après de nombreuses années difficiles, au faîte de la gloire et de la réussite- décide soudainement et à la surprise générale d’abandonner ses fonctions pour consacrer à sa famille le temps qui lui reste à vivre.

Plusieurs scènes, notamment le récit des entretiens de Shankly avec le premier ministre britannique Harald Wilson ou celui de ses rencontres improvisés avec des supporters de Liverpool, font naître chez le lecteur une très grande émotion.

Un ouvrage inclassable et fort.