« Un dialogue prometteur entre la littérature et le sport »

par Denis Jeambar

Ils ont lu. Oui, ils ont lu puis, à la fois intimidés et fiers, ils sont venus offrir un maillot de leur équipe du Red Star à Jean-Emmanuel Ducoin, lauréat 2013 du prix Jules Rimet pour « Go Lance ! », paru aux éditions Fayard. Des gamins qui ne pensent qu’au football mais qui découvrent, comme le disait  Flaubert, que pour vivre, il faut lire. Le prix Jules Rimet n’en est qu’à sa deuxième édition mais il a déjà atteint son double but : il célèbre le mariage de la littérature et du sport et démontre concrètement avec ses ateliers d’écriture, au Red Star à Saint Ouen et à l’Olympique lyonnais à Lyon cette année, la dimension sociale de la culture. La plus belle illustration en est cette confidence sans fard faite par Bafétimbi Gomis, la star de l’OL, aux jeunes footballeurs lyonnais pleins de rêves dans les yeux : « J’en avais marre de signer des autographes en faisant des fautes d’orthographe. J’avais un sentiment de honte. Je ne pouvais pas me mentir à moi-même. J’ai donc commencé à lire et j’ai repris les études. » Pour le jury, rejoint cette année par trois nouveaux membres, Yves Rimet, le petit-fils de Jules Rimet, Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes et l’écrivain Paul Fournel, lauréat du prix en 2012, il n’est pas de plus belle récompense que ce dialogue prometteur entre la littérature et le sport. Nul doute que le livre couronné cette année y contribuera. Plongée dans la vie de Lance Armstrong et l’univers du cyclisme, le roman de Jean-Emmanuel Ducoin brille par son écriture, des dialogues criant de vérité, la justesse d’un ton qui évite les pièges du plaidoyer ou de l’acte d’accusation et un sens aigu du récit qui emporte le lecteur. Ce livre s’inscrit dans la lignée des grandes fictions documentées américaines et met à l’honneur un genre littéraire trop peu pratiqué en France.

Denis Jeambar

Président du jury du Prix Jules Rimet